Lettre à mes trois garçons


30 janvier 2017

Ce matin, j’avais prévu rédiger un article sur l’état des médias sociaux en 2017. Tu parles… l’actualité m’a rattrapé de plein fouet, avec cette tuerie dans la mosquée de Ste-Foy, arrondissement de la ville de Québec. Une mosquée dans un quartier résidentiel, où j’habite. Bilan provisoire de cette tuerie: 6 morts, plusieurs blessés et une ville qui perd ses illusions…

Vous le savez, sur ce blogue je traite habituellement d’une de mes trois passions et sphères d’expertise: le marketing, les médias sociaux et le tourisme. Permettez aujourd’hui une entorse, alors que je vais plutôt m’adresser à mes trois amours: Felix (7 ans), Kenjiro (10 ans) et José (12 ans).

Les musulmans  extrémistes islamistes

Les boys, papa aimerait vous parler des événements d’hier.

Vous avez des amis à l’école, dans vos équipes de soccer et même certains de nos voisins qui sont de confession musulmane. Pour eux qui ont peut-être perdu un frère ou un père dans l’événement, il s’agit d’une tragédie. Mais pour nous aussi, car ils font partie de notre communauté. Ils travaillent ici, on les croise à l’Anneau de glace, on se taquine quand on se croise dans les boutiques du coin ou lors de matchs amicaux sur le terrain de soccer de Rochebelle. Bref ce sont des voisins, des amis.

Deux tireurs fous ont fait irruption hier soir à la mosquée de Ste-Foy, tout près d’ici, sur le chemin Ste-Foy. Pas très loin du centre communautaire où tu prends tes cours de piano, José. Les tireurs seraient, semble-t-il, deux étudiants à l’Université Laval, deux Québécois dont un d’origine marocaine. Les six victimes sont musulmanes.

MISE À JOUR: Suite à la parution de cet article, on apprenait qu’il s’agissait d’un seul tireur, et non deux. La personne d’origine marocaine n’aurait aucun lien avec cet attentat.

Ce n’est pas un détail. Les victimes sont trop souvent musulmanes, comme le sont la plupart des victimes en Syrie et au Moyen-Orient, dans les pays où justement les gens fuient. D’où l’expression « réfugiés », vous savez ces gens qu’on voit s’entasser dans des embarcations de fortune en partance de l’Afrique du Nord pour atteindre l’Italie ou la Turquie? Ils fuient la violence et la folie d’autres hommes, extrémistes eux-aussi, qui interprètent l’islam à leur manière (on parle de ces derniers comme « État Islamiste », ou EI, ou Daech. On dit aussi parfois ISIS, mais c’est l’appellation en anglais)

Vous êtes confus? Oui je sais, ce n’est pas simple. Regardez d’ailleurs ces deux journalistes de CNN se faire donner une leçon magistrale par Reza Aslan, un spécialiste et vulgarisateur en la matière (voir vidéo ci-dessus). C’est en anglais, mais je vous expliquerai, au besoin. On tend trop souvent à confondre islamiste avec violence. La vérité, c’est que toutes les religions, lorsque poussées à l’extrême, mènent vers une forme de violence. En fait, non, ce ne sont pas les religions qui poussent à la violence. Ce sont les interprétations faites par une minorité extrémiste qui mènent aux abus.

On l’a vu avec la religion chrétienne et les Croisades.

On l’a vu avec la religion bouddhiste et les violences en Thaïlande et au Myanmar.

On le voit encore avec des extrémistes de type KKK qui revendiquent leur foi et la suprématie blanche au coeur de leur discours haineux. (Si vous ne savez pas c’est quoi, le KKK, je vous expliquerai une autre fois. Quand on se parlera de Trump, genre)

Les solutions à court terme

Bon, alors il se passe quoi maintenant? La vie continue? Oui, bien sûr. Mais on ne peut faire comme s’il ne s’était rien passé. On ne doit surtout pas chercher la vengeance, même si la tentation sera forte. Des gens voudront lyncher les deux tueurs, et on verra toutes sortes d’amalgames faire surface. C’est quoi un amalgame? C’est quand on mélange des sujets pour expliquer une situation complexe.

Bref, on fait quoi au cours des prochains jours?

On compatit avec nos amis musulmans et on leur offre nos plus sincères condoléances. On peut même donner un gros câlin à un ami, si tu penses que ça va faire du bien, hein Felix?

On continue de vivre en harmonie, avec nos différences. Nos amis musulmans sont aussi Québecois que vous êtes Japonais et que je suis Espagnol. Nous sommes d’une seule race: la race humaine.

Les solutions à long terme

Le vrai défi, il sera à long terme, c’est-à-dire pour les mois et les années à venir. On le voit avec ce qui se passe aux États-Unis depuis une semaine et l’arrivée de Donald Trump, l’intolérance devient la norme. Ce n’est pas qu’aux USA, remarquez. On a vu le Royaume-Uni voter son départ de l’union économique européenne (Brexit), et on note une montée de l’extrême droite de l’Autriche à la Hollande en passant par la France. L’extrême droite, les boys, c’est un mouvement politique qui mise sur la peur des autres. Le meilleur exemple? Le nazisme allemand sous l’époque d’Hitler.

Les solutions, donc:

On voyage, encore et toujours, et plus que jamais. Les billets d’avion sont d’ailleurs achetés pour notre road trip en Californie cet été. Et je vous promets qu’on ira en Europe et dans plusieurs autres pays au cours des prochaines années. C’est en rencontrant les autres, dans leur pays, qu’on se rend compte qu’on est toujours l’étranger de quelqu’un d’autre. By the way, on va aussi continuer de voyager au Québec et au Canada, parce que des différences de mentalité et de culture, il y en a beaucoup ici aussi!

On cherche à comprendre. Les religions, les clivages sociaux, la nature humaine… ce sont des concepts difficiles à maîtriser, mais c’est pour ça que vous allez à l’école. C’est pour ça que l’éducation est importante.

Citation célébre de Malala Yousafzay, recipiendaire du prix Nobel de la paix

Vous connaissez Malala Yousafzay? En 2012, cette jeune femme de 15 ans a été tirée à bout portant par un taliban pakistanais, car elle insistait pour aller à l’école! Elle a survécu et son histoire a été relayée dans les médias de masse. En 2014, elle a reçu le prix Nobel de la paix, une distinction fort prestigieuse, pour avoir fait avancer la cause de l’éducation, mais surtout pour le droit de tous (et en particulier les femmes, dans ce cas-ci) d’y avoir accès.

Je termine cette lettre avec une autre célèbre citation de Malala:

« Pour mettre fin à la guerre, au lieu d’envoyer des fusils, envoyez des livres. Au lieu d’envoyer des militaires, envoyez des professeurs. »

C’est ce que je nous souhaite, les boys. De l’amour, de la sagesse et une ouverture sur le monde qui fera en sorte qu’on sera en mesure de mordre dans la vie tout en vivant en harmonie avec nos prochains.

Bon, avez-vous des questions? Papa va tenter d’y répondre du mieux qu’il le peut…

Save

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Frederic Gonzalo
Frederic Gonzalo

Conférencier et stratège cumulant plus de 20 années d'expérience en marketing et communications touristiques. Consultant depuis le début de 2012, j'offre des services de planification stratégique et formation en médias sociaux et marketing numérique pour petites et grandes entreprises.

Envoyez-moi le prochain article par courriel.