Et alors, Burning Man ?


18 septembre 2017

Je reviens tout juste d’un voyage dans l’Ouest américain, un road trip pas banal qui a culminé par ma participation au mythique événement Burning Man. Vous connaissez? Pendant une semaine, 70,000 personnes se retrouvent au coeur d’un désert, pour y monter un village éphémère à Black Rock City, au Nevada. Pour faire quoi, au juste? Regardez cette vidéo pour un aperçu, un teaser

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Car voilà, Burning n’est pas un festival, contrairement à ce qu’on véhicule trop souvent dans les médias traditionnels. On n’y retrouve pas de programmation formelle, ni un line-up d’artistes ou groupes musicaux. Ce n’est ni Coachella, ni Bonaroo, ni Glastonburry, ni Osheaga. Certains le comparent à Woodstock? Pour le côté flower power, drogues et campements dans un certains chaos organisé, peut-être… Mais là encore, Woodstock proposait une programmation avec des artistes, sur scène, et une foule passive, devant. Rien de tel à Burning Man.

Alors pourquoi parle-t-on autant de cet événement? D’abord et avant tout pour ses extrêmes:

  • On ne parle pas d’un party de 24 heures ou d’un long weekend, mais bien une semaine complète!
  • L’événement se tient dans un milieu hostile, au milieu du désert, sans accès à l’eau ni électricité – à moins d’avoir une génératrice, bien sûr.
  • Il fait entre 35 et 40 degrés Celsius le jour, avec des soirées parfois très fraîches (autour de 10C).
  • On cotoie des gens nus qui marchent ou se baladent à vélo. L’instant suivant on croise une petite famille et plus loin, un couple gai qui s’embrasse gentiment…
  • On propose des étirements de yoga et techniques de méditation le matin… puis on danse sans limite durant toute la nuit.
  • La police et les forces de l’autorité sont bien présentes sur place, on remarque l’accès facile aux premiers soins, le respect des limites de vitesse sur le site. Pourtant, on remarque aussi l’alcool et bien des substances interdites qui circulent avec facilité…

With love from Burning Man 2017

Bref, Burning Man est un lieu d’extrêmes et de contradictions, mais c’est aussi et surtout ce qui fait son charme.

Voici selon moi cinq raisons derrière le succès d’un événement tel Burning Man:

UGC avant l’heure

À Burning Man, le contenu provient exclusivement des participants. Bref, c’est du user generated content (UGC) à son meilleur! On retrouve ainsi plusieurs « camps », certains plus sophistiqués que d’autres, proposant de tout allant de cours de yoga initiatique aux massages de pieds en passant par séances de méditation. Il n’y a d’ailleurs pas d’échange de monnaie sur place – sauf pour l’achat de glace et de café – donc on parle d’une vraie économie de partage, ou gifting. On ne compte donc plus le nombre d’endroits qui offrent martini au chocolat, tequila shots, hot dogs, bières, cocktails alcoolisés, falafel… et même de la poutine à minuit!

(Salutations ici aux burners montréalais du camp Midnight Poutine)

Musique électronique (EDM), mojitos et eau vaporisée pour tout le monde… au campement DeMenta!

C’est ce qui fait aussi qu’on ne vit jamais la même expérience quand on fait Burning Man, tant durant la semaine même, chaque journée étant différente dans son offre éclectique, que d’une année à l’autre étant donné les campements qui changent également.

Célébrer la diversité

Vous souhaitez savoir à quoi ressemble le burner typique? Bonne chance, car c’est probablement la marque de commerce de cet événement: sa faune bigarée! Milléniaux ou grands-parents, polygames ou monogames, catholiques ou athées, LGBT, noirs, Asiatiques, Américains ou Européens… bref, on ne peut définir en simples termes le burner lambda, mais on peut s’attendre à un état d’esprit d’ouverture et une attitude décontractée. Le gifting est à l’honneur ici, comme je le mentionnais plus haut, incluant les calins (hugs) qu’on se donne entre burners, sans trop chercher de raison, au fait…

Temple of Gravity, Burning Man 2017

Cette diversité repose néanmoins sur une série de principes, ou un énoncé de valeurs, qui est propre à Burning Man. Ces 10 principes sont:

1. Ouverture à tous : Nous acceptons tout le monde
2. Immédiateté : Nous faisons la part belle à l’expérience, dans l’instant présent
3. Participation : Chacun est encouragé à ne pas être un simple spectateur, s’exprimer en créant. Nos événements sont la somme des participations de chacun
4. Expression personnelle radicale : Chacun peut s’exprimer librement, sans être jugé
5. Autonomie : Chacun se prend en charge sans compter à priori sur les autres, sachant qu’il pourra toujours compter sur eux en cas de nécessité
6. Civisme : Chacun doit avoir un comportement civique et respectueux des autres
7. Ne laisser aucune trace : On ne laisse aucune trace lors de nos événements
8. Non commercial : Nous excluons toute forme de commerce, de publicité, de sponsoring ou d’activités commerciales
9. Don : Le don sans attente de retour
10. Effort commun : Actions collectives au travers de la collaboration, du bénévolat, de l’entraide

L’organisation de Burning Man encourage ainsi ses équipes et les 70 000 participants à utiliser des énergies renouvelables, des combustibles non fossiles, à recycler et à composter les déchets et matières organiques. Est-ce que tous ces principes font de Burning Man une secte, comme je l’ai lu dans un groupe de discussion? Non, je ne crois pas. Cela crée des relations tissées serrées, par contre, ce pourquoi on dit souvent que les burners sont comme un grande famille.

Une logistique bien huilée

Un constat qu’on a fait en participant pour la première fois, c’est que c’est diablement efficace comme organisation. Autant en amont, avec le processus de loterie pour l’achat de billets, l’envoi desdits billets et les autorisations de parking et camping, qu’une fois rendu sur place. À notre arrivée, divers comités d’accueil pour vérifier les billets, inspecter les véhicules par mesure de sécurité, sans oublier la signalisation sur le site, la toponymie des rues, les toilettes portables en quantité, etc. Un vrai chaos organisé, je vous dis!

Notre havre de paix pendant la folie de Burning Man…

Avec autant de monde sur un site qui fait 2.5km de diamètre, dont la portion village ressemble à la forme d’un fer à cheval, on s’étonne de voir tout baigner dans une fluidité relative compte tenu du nombre d’activités ayant lieu simultanément. À notre arrivée, on nous donne d’ailleurs un guide, ou bouquin de programmation, qui liste l’ensemble des activités prévues ou à l’horaire pendant la semaine. Une brique! Qui ne contient évidemment pas toutes les interventions improvisées ou ad hoc, les art cars qui se promènent sur la playa, ni les structures artistiques qu’on retrouve un peu partout sur l’esplanade principale…

Le site de Burning Man vu du ciel

Savoir évoluer et s’adapter

Le plus gros défi qui attend Burning Man est celui de savoir s’adapter, un défi que l’organisation a su relever avec brio jusqu’à présent, non sans heurt. De 1986 à 1990, l’événement se tenait sur une plage nudiste de San Francisco, Baker Beach, avec à peine quelques centaines de participants. Transféré au Nevada depuis 1991, on franchissait la barre des 10,000 participants en 1997, pour atteindre les 30,000 participants dix ans plus tard. Depuis 2011, l’événement a atteint ce qui est considéré la capacité maximale, oscillant entre 65,000 et 70,000 participants.

La conséquence négative de cette croissance exponentielle? Trop de demande, pas assez de place. Depuis 2011, l’organisation contingente l’accès, mettant de l’avant un système de loterie pour sa billetterie. En 2017, on estime que près de 150,000 personnes ont voulu mettre la main sur une des 25,000 paires de billets offerts en vente libre au mois de mars. J’ai eu de la chance – en fait, non, j’ai fait partie de ceux qui se sont butés devant un « sorry, we’re sold out » mais je travaillais en équipe avec ma copine qui elle, depuis son ordinateur, a eu plus de veine!

Art cars sur la playa de Burning Man

Il en va de même avec les représentations artistiques, dont la dimension a évolué au fil du temps, et des campements dont la nature à également changé avec les années. On doit dorénavant payer pour une vignette de stationnement, et avec l’abondance de vélos utilisés à chaque année, dont plusieurs sont « oubliés » à la fin de l’événement, il est possible qu’une taxe ou mécanisme de contrôle soit mis en place pour le futur afin de responsabiliser leurs propriétaires à l’avenir.

Bref, l’événement s’ajuste et s’adapte, prenant des décisions pour le bien commun même si cela peut froisser certains vétérans ou une certaine vision de ce que devrait être Burning Man.

Communiquer, communiquer, communiquer

Un dernier point, et non le mondre: je salue bien bas l’efficacité dans les communications de Burning Man, tant durant l’événement qu’en amont et suite à la participation. Un site web sobre mais efficace, avec une section FAQ bien nourrie. Une présence dynamique et bien alimentée sur les médias sociaux principaux: Facebook, Twitter, Instagram, en plus de nombreux groupes de discussion formels et informels. Une newsletter régulière – Jack Rabbit Speaks (JRS) – et un guide de survie électronique mais aussi en version papier, envoyé avec les billets par la poste. Eh oui, car tout n’est pas virtuel, hein?

Une fois sur place, je vous mentionnais déjà le guide de programmation fourni à l’entrée, mais on notera également la publication d’une newsletter papier, une station radio sur place ainsi qu’un fil twitter et un poste de radio exclusivement pour gérer le trafic, tant à l’arrivée qu’au départ. Car oui, l’EXODUS est une épopée en soi, comme vous pouvez peut-être l’imaginer quand 60,000 personnes souhaitent quitter en même temps, par la seule petite route qui mène vers Gerlach, puis Reno et l’Ouest…

Communiquer en situation de crise

Une mention spéciale aussi pour la planification de gestion de crise, un souci clairement identifié par l’organisation. Il arrive toujours des contretemps, petits ou grands, lors de tels événements. Or en 2017, ce fut un choc avec le suicide d’un participant lors de la pénultième soirée, quand celui-ci a franchi le périmètre de sécurité pour se lancher dans le brasier du Burning Man.

L’organisation a réagi avec diligence, dans les 24 heures de l’événement, faisant montre de compassion envers la victime et ses proches, ainsi que la communauté de burners dont ceux et celles près du brasier au moment de la tragédie. Communiqués officiels, message sur Facebook et monitoring des conversations en ligne: autant l’organisation que les membres de la communauté ont pris d’assaut les médias sociaux pour discuter des enjeux liés à la tragédie, plus souvent qu’autrement dans le respect. (Y’aura toujours quelques dérapages, mais ça, c’est inévitable avec certains trolls)

Et alors, tu y retournerais?

La question qui tue. Oui, sans l’ombre d’un doute. Je chercherais probablement une formule différente. Cette fois-ci, j’y suis allé avec un RV avec ma copine, une formule excellente. La prochaine fois, peut-être irais-je avec un plus grand groupe d’amis, ou alors comme partie intégrante d’un campement, avec des tâches spécifiques à accomplir? Je ne sais pas.

Je sais néanmoins que l’on ne peut absorber tout Burning Man en une seule édition, ce qui explique en partie pourquoi les burners reviennent année après année. Et avec cette première expérience sous la ceinture, ou en bas de la ceinture devrais-je dire, je crois que je saurais mieux profiter de ce que Burning Man a à offrir, tout en donnant plus dans cette optique de gifting si chère à la communauté…

En 2018, peut-être? On verra 🙂

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Frederic Gonzalo
Frederic Gonzalo

Conférencier et stratège cumulant plus de 20 années d'expérience en marketing et communications touristiques. Consultant depuis le début de 2012, j'offre des services de planification stratégique et formation en médias sociaux et marketing numérique pour petites et grandes entreprises.

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