En avril 2026, j’ai accompagné une trentaine d’entreprises et organismes touristiques des Cantons-de-l’Est dans un programme de coaching individuel sur l’intelligence artificielle. Au cours du dernier mois, j’ai donc effectué plus de 45 sessions Zoom, pour une cinquantaine heures d’échanges. Cela faisait suite à un programme fructueux similaire effectué en 2025, auprès d’une soixantaine d’entreprises des Cantons-de-l’Est et de la Montérégie.
Quand Tourisme Cantons-de-l’Est m’a confié ce récent mandat, je m’attendais à parler de ChatGPT, de Copilot, de Claude, de cas d’usage marketing, peut-être de SEO. Et c’est arrivé, beaucoup. Mais ce qui m’a le plus surpris, c’est ce qu’on a fini par discuter à la place de l’IA, dans un nombre étonnant de sessions : la gouvernance interne, les permissions (ou absences de), le manque de temps pour faire de l’expérimentation, le sentiment de légitimité à utiliser ces outils, etc.
Voici cinq leçons issues de ce mandat.
Leçon 1 : Les freins sont PLus organisationnels que technologiques
L’expérience de l’année dernière m’avait montré que la majorité des entreprises avait une ouverture envers les outils d’IA même si ceux-ci peuvent paraitre compliqués, l’interface intimidante, le vocabulaire technique. Bref, la technologie pose défi, certes. Mais dans la grande majorité des sessions, l’outil n’était pas le problème. C’est l’écosystème autour de l’outil qui bloquait.
Quelques exemples observés :
- Une utilisatrice ne pouvait pas modifier un GPT personnalisé créé par sa collègue l’année précédente, faute de droits de partage adéquats. Le GPT existait, fonctionnait, mais elle attendait depuis des semaines une intervention du département des TI.
- Une organisation a découvert en plein coaching qu’elle payait déjà environ 900 $/an pour un abonnement ChatGPT Teams que la majorité de ses employés ignoraient. Chacun continuait à utiliser la version gratuite et perdait du temps à reconfigurer ses propres bricolages.
- Les connecteurs OneDrive et SharePoint, qui auraient permis à ChatGPT d’exploiter les documents internes, étaient désactivés au niveau du tenant Microsoft 365. Aucun message d’erreur, juste un blocage silencieux qu’on ne découvre qu’en essayant.
- Le compte Business d’une organisation refusait l’accès à certaines fonctionnalités alors que le compte personnel sur le même appareil y accédait normalement. Résultat : la participante faisait son travail depuis son compte personnel, par défaut.
- La fonctionnalité de tâches récurrentes ChatGPT, qui permet d’automatiser une veille hebdomadaire, est désactivée par défaut et nécessite une intervention TI pour être activée.
La leçon : avant d’investir dans la formation aux outils, investissez dans la gouvernance interne. Qui a accès à quoi? Qui peut configurer quoi? Où sont les abonnements actifs? Quelle est la procédure pour activer une fonctionnalité? Sans ça, la formation tombe sur du sable et surtout, les usages sont limités.
Leçon 2 : Trois profils de maturité dans l’adoption de l’IA
Au fil des 45 sessions, trois profils de participants émergent clairement. Les nommer change la manière de bâtir un programme, pour de futures cohortes.

Le Découvreur (≈ 50 % des entreprises). A entendu parler de ChatGPT, peut-être l’a essayé une fois ou deux, mais n’a pas intégré les outils dans son quotidien. La session qui marche : un cas d’usage concret bâti en direct, à partir d’une vraie tâche. Quand le Découvreur repart avec un GPT personnalisé qui lui sauve trois heures par semaine, il devient un évangéliste interne.
Le Bricoleur (≈ 35 % des entreprises). Utilise déjà ChatGPT pour des tâches ponctuelles. Cherche à passer au niveau suivant : créer des outils stables, automatiser une partie du travail récurrent, comprendre les forces relatives de Claude, Copilot, ChatGPT. La session qui marche : structurer un GPT personnalisé autour d’un livrable récurrent, et lui donner le vocabulaire pour arbitrer entre les outils.
Le Bâtisseur (≈ 15 % des entreprises). A déjà déployé des cas d’usage IA dans son organisation. Cherche à structurer une stratégie : gouvernance, mutualisation entre équipes, intégration aux outils existants, suivi de performance. La session qui marche : ouvrir le capot, parler architecture, parler arbitrages stratégiques. C’est un dialogue d’égal à égal.
Quand un programme régional doit accommoder les trois profils en même temps, le coaching individuel s’impose presque par défaut. C’est le seul format qui s’adapte naturellement au niveau de chacun.
Leçon 3 : Le « custom GPT » est devenu le livrable phare
Si je devais choisir un seul concept à retenir de ce mandat, ce serait le custom GPT, ou le “costume” GPT, comme l’appelaient certains! Plusieurs participants se sont mis à utiliser cette image : on “habille” ChatGPT d’une mission précise, avec ses propres documents de référence, son ton, ses étapes. Le résultat : un outil stable qui livre la même qualité à chaque utilisation, et qui peut se partager entre collègues.

Plus de la moitié des sessions ont fini par construire ou améliorer un GPT personnalisé. Les cas d’usage qui sont revenus le plus souvent :
- Tri de 72 candidatures à l’embauche pour 5 postes saisonniers avec un GPT pré-paramétré séparant les candidatures pertinentes en quelques minutes.
- Réponses types aux avis Google et TripAdvisor, alignées sur le ton de la marque, jamais signées « par l’IA ».
- Conversion d’un guide de l’employé de 60 pages en podcast audio de 8 minutes via NotebookLM. Un document peu consulté devient un outil d’onboarding réellement écouté.
- Génération d’une vidéo promotionnelle pour un musée à partir de l’URL du site, ciblant spécifiquement les animations scolaires et les groupes.
- Brouillons personnalisés pour les courriels récurrents (location de salles, demandes de commandites, FAQ randonneurs). Utile dès qu’on dépasse 20 courriels par jour.
La beauté du custom GPT, c’est qu’il fait le pont entre deux mondes : le ChatGPT-bricolage qu’on découvre tout seul, et le projet IA-d’entreprise qui semble inaccessible. C’est un livrable que n’importe qui peut construire en 30 minutes à condition d’avoir les bons documents de référence et un coach pour structurer les instructions.
NOTE: L’exercice a aussi été décliné dans l’environnement Google (Gems) et celui de Claude (Project).
Leçon 4 : La fragmentation des outils est devenue un défi en soi
ChatGPT, Claude, Copilot, Gemini, Perplexity, Mistral, Notion, Make, n8n… Le marché est saturé d’outils qui se ressemblent en surface mais qui ont des forces très différentes. Et pratiquement à chaque session, la même question revenait :
| « Lequel je devrais choisir ? » |
Ma réponse honnête (et typique du consultant, diront certains), qui revient à chaque fois : ça dépend de l’usage.
- Pour la productivité quotidienne dans Microsoft 365 (Word, Outlook, Teams, Excel), Copilot a un avantage d’intégration que personne ne réplique. Surtout si vous avez la licence Copilot Pro, qui s’intègre dans les outils avec des connecteurs sécurisés.
- Pour la rédaction longue, nuancée, à partir de gros documents , Claude excelle sur la qualité et la finesse du raisonnement.
- Pour les custom GPT et l’écosystème ChatGPT-friendly (plugins, GPTs, partage), ChatGPT Plus reste le standard de fait.
- Pour la veille et la recherche sourcée , Perplexity reste imbattable sur la fiabilité des références.
La capacité de raisonner sur ces arbitrages constitue elle-même une compétence à développer. Et c’est là que l’accompagnement humain est irremplaçable. Aucun outil ne va vous dire “tu devrais choisir mon concurrent pour ce cas-là”. Un coach, oui. (Surtout s’il est impartial, condition sine qua non)
Leçon 5 : Le vrai déclencheur, c’est rarement la formation
« Je n’ai pas le temps de jouer avec ChatGPT » est probablement la phrase la plus entendue durant le mandat. Pourtant, dans la quasi-totalité des cas, dix minutes d’expérimentation pendant la session ont permis aux participants de repartir avec un outil qui leur fait gagner plusieurs heures par semaine.
Le défi n’est donc pas le temps en valeur absolue. C’est l’amorce : tant qu’on n’a pas franchi le premier essai utile, l’IA reste perçue comme un investissement risqué. “Et si je perdais 45 minutes pour rien ?”. Le coaching individuel est précisément l’environnement qui permet de franchir cette étape avec un filet de sécurité.
Anecdote: je repense à cette session où j’ai montré à une gestionnaire d’entreprise, qui utilisait surtout Gemini pour son environnement Google Workspace, comme utiliser certaines fonctionnalités dans la plateforme. Comme le mode Canvas, pour créer des infographies, des présentations Powerpoint ou encore des modifications à un tabulateur Excel. “My God, je ne savais même pas qu’on pouvait faire tout ça dans Gemini”, m’avoua-t-elle. C’est normal, vous ne pouvez pas tout savoir, ces outils évoluent à une vitesse phénoménale, et c’est exactement pourquoi un coach spécialisé peut vous faire progresser avec quelques astuces pertinentes pour votre réalité d’entreprise.
Ce qui m’a le plus marqué, c’est de voir des personnes très occupées, très professionnelles, sortir d’une session de 60 minutes avec trois cas d’usage construits, quelques rendez-vous IT à prendre, et une vision claire de la prochaine étape. C’est le contraire du “voici 50 prompts à essayer” qui sature les fils LinkedIn.
La leçon pour les régions et les associations : un atelier de groupe ne remplacera jamais une session 1-à-1 pour faire passer une entreprise du “je sais que je devrais m’y mettre” au “j’ai mon premier outil en place”. L’accompagnement individuel est peut-être plus cher au prorata des heures, mais il est imbattable au prorata des résultats!
Et après ?
Ce mandat se termine, mais les chantiers ouverts chez les membres se poursuivent du côté des Cantons-de-l’Est. Pour les autres régions touristiques du Québec, les chambres de commerce, MRC ou associations sectorielles qui pensent à un programme similaire, voici ce que je proposerais :
- Cartographier d’abord la maturité IA de votre membership avant de bâtir le contenu. Découvreurs, Bricoleurs, Bâtisseurs : chacun a besoin d’autre chose, ou d’un accompagnement sur mesure, si possible.
- Investir dans la gouvernance avant, ou en marge de, la formation. Permissions, abonnements actifs, connecteurs : c’est ennuyeux, mais c’est ce qui débloque la suite.
- Choisir un format qui s’adapte à chaque participant. Le coaching individuel n’est pas un luxe, c’est souvent le format le plus rentable au prorata des résultats.
- Documenter les cas d’usage réussis. Les histoires concrètes voyagent mieux que les listes de prompts.
- Prévoir un suivi à 3 et 6 mois. Si le déclic se fait pendant la session, l’adoption se fait plutôt dans les semaines suivantes.
Vous représentez une association touristique, une chambre de commerce ou un regroupement sectoriel qui veut accompagner ses membres en IA ? Je serais heureux d’en discuter. N’hésitez pas à me contacter!



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