Quand j’explique à un dirigeant qu’on peut maintenant mesurer sa visibilité dans ChatGPT ou Gemini, la réaction est souvent la même : un intérêt poli, suivi d’un léger scepticisme. « Mesurer ça, vraiment? » Oui, vraiment. Et plutôt que de le raconter une fois de plus dans l’abstrait, j’ai eu envie d’ouvrir quelques rapports récents et de vous montrer, noir sur blanc, à quoi ressemblent ces rapports qu’on remet à nos clients.
Depuis un peu plus d’un an, on a réalisé une série d’audits numériques pour des organisations de tous horizons : trois municipalités, des destinations touristiques, un hôtel et une auberge de charme, un établissement secondaire privé, un site patrimonial, un organisme de plein air, etc. Les exemples qui suivent sont réels, mais anonymisés avec des chiffres arrondis et les noms retirés, par souci de confidentialité. L’idée n’est pas de pointer qui que ce soit, mais de montrer le genre de constats qui émergent quand on regarde les choses en face.
Premier tableau : la grille de découvrabilité
La grille de découvrabilité est fort utile pour résumer l’état des lieux d’une organisation dans les moteurs d’IA. Chaque critère est évalué sur une échelle simple, du vert au rouge. L’exemple ci-dessous provient de l’audit d’une destination de villégiature quatre saisons, bien connue et au site web impeccable.
| Critère de découvrabilité | Évaluation |
|---|---|
| Visibilité globale dans les IA | Moyenne à faible |
| Visibilité — ChatGPT | Acceptable |
| Visibilité — Perplexity | Moyenne |
| Visibilité — Google AI (Gemini, AI Overviews) | Faible |
| Exactitude de l’information | À travailler |
| Compréhension du territoire | À travailler |
| Ton et mise en valeur | Acceptable |
| Fraîcheur de l’information | Acceptable |
| Sources d’autorité | Faible |
Ce qui saute aux yeux, c’est le contraste. Le ton est positif, l’information est à jour, la marque est reconnue à l’international. Et pourtant, deux lignes clignotent en rouge : la visibilité dans l’univers Google et la reconnaissance comme source d’autorité. Autrement dit, une organisation peut cocher toutes les bonnes cases traditionnelles et rester quasi invisible là où ça compte de plus en plus. C’est exactement le genre de nuance qu’un simple « on est bien référencés sur Google » ne permet pas de voir.
On utilise aussi parfois d’autres outils qui permettent de voir la présence dans les conversations, selon des prompts pré-identifiés, afin d’évaluer la visibilité de la marque dans les modèles populaires d’IA.

On effectue aussi habituellement une analyse de benchmarking, ou étalonnage, pour voir comment votre entreprise ou organisation se situe comparativement à d’autres entreprises similaires, dans votre secteur. Par exemple, lors d’un récent mandat avec une municipalité, on a voulu savoir comme elle se positionnait vis-à-vis de la concurrence pour certains types de requêtes, notamment pour des citoyens de Montréal qui pourraient souhaiter aller vivre dans la Couronne Nord.

Dans ce cas-ci, il s’agissait d’une analyse SEO, où on cherchait à comprendre la performance dans les moteurs de recherche traditionnels et sur les médias sociaux. Un travail d’analyse souvent nécessaire et préalable à un audit purement GEO, dans les modèles populaires d’IA, étant donné que ces modèles puisent leur information via différentes sources et domaines (voir les deux points suivants).
Deuxième tableau : trois organisations, trois réalités
On croit souvent que la visibilité dans l’IA, c’est comme la météo et que tout le monde vit la même chose en même temps. Faux. Voici par exemple la présence dans les réponses générées par l’IA pour trois de nos clients, oeuvrant dans trois secteurs différents.
| Organisation (anonymisée) | Présence dans les réponses des IA |
|---|---|
| Une ville de la couronne de Montréal | Citée dans près de 9 réponses sur 10; découvrabilité spontanée d’environ 60 % (2ᵉ de sa région) |
| Une destination de villégiature quatre saisons | Moins de 10 % des réponses pertinentes |
| Une ville touristique régionale | Environ 1 % de présence; totalement absente pour 4 profils de voyageurs sur 6 |
La surprise, ici, c’est la municipalité. Elle écrase deux destinations touristiques réputées, pourtant bien plus « sexy » sur papier. Pourquoi? Parce que le contenu municipal (services de collecte, quartiers, vie communautaire, informations pratiques) répond directement à des questions concrètes, exactement ce que l’IA cherche à citer. Le contenu touristique, lui, est souvent écrit pour séduire et faire rêver, un registre que les modèles ont tendance à ignorer. La leçon est un peu vexante pour le milieu touristique, mais elle est instructive : ce n’est pas la beauté du site qui vous rend visible, c’est l’utilité de votre contenu.
Je vous en parlais d’ailleurs dans cette étude de cas publiée plus tôt cette année, sur Au Chalet En Bois Rond.
Troisième tableau : qui parle de vous à votre place
Quand une IA recommande une organisation, elle s’appuie sur des sources. Nous les recensons systématiquement, parce qu’elles révèlent qui contrôle réellement votre récit. Voici les sources les plus citées dans l’audit de cette même destination de villégiature.
| Rang | Type de source citée par les IA |
|---|---|
| 1 | Encyclopédie collaborative et grand site d’avis voyageurs |
| 2 | Grande plateforme d’hébergement et de réservation |
| 3 | Chaîne hôtelière internationale présente sur le territoire |
| 4 | Portails régionaux et magazines de voyage |
| 5 et suivants | Forums, blogues spécialisés, médias touristiques |
| Présence marginale | Le site officiel de la destination |
La dernière ligne fait mal. Le site officiel de l’organisation, celui qu’on soigne, qu’on refait, qui coûte cher… arrive bon dernier dans les sources que l’IA juge crédibles. Ce sont des tiers, souvent des acteurs privés, qui façonnent l’image de la destination. Votre autorité numérique ne se construit donc pas seulement sur votre site : elle se construit dans tout l’écosystème qui parle de vous. Et cet écosystème, pour l’instant, se passe très bien de votre permission.

Les détails qui tuent
Un audit, ce n’est pas que des grandes tendances. C’est aussi une loupe posée sur les petites choses qui coûtent cher, une à une. Quelques exemples relevés dans nos rapports récents.
| Constat observé | Ce que ça révèle |
|---|---|
| Un itinéraire suggéré reliant deux régions éloignées dans la même journée | L’IA invente des parcours impossibles faute d’information structurée |
| Un restaurant localisé dans la mauvaise municipalité | Les incohérences de Google Maps se propagent dans les réponses |
| Une fiche Google notée 1,5/5 qui plombe une moyenne par ailleurs à 4,1/5 | Une seule fiche mal tenue suffit à ternir une réputation autrement solide |
| Près de 19 000 visites d’une page d’erreur en un an | Des liens brisés qui gaspillent du trafic et des robots d’IA qui rebroussent chemin |
| Une vitesse mobile évaluée à 54/100 | Un site lent que les moteurs génératifs, pressés, indexent mal |
Aucun de ces problèmes n’est dramatique isolément. Mis bout à bout, par contre, ils expliquent pourquoi une organisation performante « sur papier » peine à ressortir dans les nouvelles interfaces de recherche. Et surtout, ce sont tous des problèmes réparables, une fois qu’on les a vus et identifiés.
Les recommandations
Un client m’a déjà lancé, à la remise d’un rapport : « Les constats, je m’en doutais un peu. Ce que j’attendais fébrilement, c’est la suite. Content de voir un plan d’action concret pour la suite.» Il avait bien raison. La partie la plus attendue d’un audit, ce n’est pas tant le diagnostic, c’est le plan de match qui s’ensuit. Voici donc un extrait, anonymisé et condensé, des recommandations qu’on formule à nos clients, classées par horizon de réalisation.
| Recommandation | Horizon |
|---|---|
| Bonifier la FAQ en langage naturel, en répondant aux vraies questions que posent vos clientèles | Immédiat |
| Densifier les pages trop minces pour qu’elles soient « répondables » par les moteurs IA et plus utiles pour l’humain | Immédiat |
| Réclamer et corriger les fiches Google : répondre aux avis, enrichir les photos, uniformiser l’information | Court terme |
| Régler les irritants techniques : liens brisés, vitesse mobile, hiérarchie des titres | Court terme |
| Multiplier les mentions dans les médias, blogues et répertoires sectoriels, pour générer des liens et de l’autorité | Moyen terme |
| Bâtir une stratégie de contenu par piliers et par personas, afin de rééquilibrer le récit sur toutes vos facettes | Moyen à long terme |
| Redéfinir les indicateurs de succès et retester la visibilité IA à 6, 12 et 24 mois | Long terme |
On remarquera que rien là-dedans ne relève de la magie. Ce sont des gestes concrets, souvent peu coûteux, qu’on peut amorcer dès le lendemain. Le vrai défi n’est pas de tout faire d’un coup, mais de savoir par où commencer. Et c’est précisément ce que l’ordre de priorité, de l’« immédiat » au « long terme », vient trancher. Parce qu’au fond, la meilleure recommandation n’est pas la plus ambitieuse : c’est celle que le client va réellement mettre en œuvre.
NOTE: le tableau ci-dessus est à titre indicatif, mais varie forcément d’un client à l’autre, d’une industrie à l’autre. On voit toutefois des points en commun, étant donné que l’écosystème numérique est le même pour tous les consommateurs. Seuls les outils varient parfois d’un client à l’autre, selon la présence (forte ou pas) sur les médias sociaux, la récence du site web, la force et la fraîcheur des contenus que l’on retrouve sur le site, le blogue ou ailleurs, etc.
la valeur ajoutée d’un audit
Ces tableaux ne sont qu’une fraction de ce qu’on remet. Chaque rapport combine un volet SEO classique (santé technique du site, vitesse, médias sociaux, fiche Google) et un volet GEO, qui teste la visibilité dans ChatGPT, Perplexity, Gemini et les AI Overviews à travers des centaines de requêtes réelles. Puis vient le plan d’action illustré plus haut, parce qu’un constat sans suite ne sert pas à grand-chose.
La démarche ressemble à une radiographie. Elle ne guérit rien en soi, mais elle transforme une vague inquiétude ou des questions sans réponse en un portrait précis, chiffré, sur lequel on peut enfin agir. Pour bien des dirigeants, voir le tableau de leur propre organisation suffit à faire tomber le scepticisme du départ.
Si vous êtes curieux de savoir à quoi ressemblerait votre grille à vous en SEO, en GEO, ou les deux, c’est précisément le genre de mandat qu’on réalise. Vous trouverez les différentes formules, selon la profondeur d’analyse souhaitée, sur ma page de services.
On peut mesurer ce qu’on croyait invisible. Reste à savoir quelle est votre niveau de succès dans la découvrabilité numérique…



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