Blogueurs voyages et relationnistes, même combat?

Blogueurs voyages et relationnistes, même combat?

TBEX 2013 à TorontoJ’ai eu le plaisir tout récemment de participer à l’événement TBEX, ou Travel Bloggers Exchange, qui avait lieu à Toronto. Lors de cette édition qui a fracassé des records, avec près de 1,300 participants dont environ 1,000 blogueurs voyages et journalistes, la programmation était riche en ateliers divers, soirées de réseautage ainsi que des séances de speed-dating, ou rencontres minutées, avec des représentants de destinations nord-américaines. On y venait donc pour apprendre, pour se faire des contacts mais aussi et surtout pour nouer des liens d’affaires et leads pour d’éventuels voyages de presse ou partenariats d’affaires. Voici quelques réflexions glanées au fil de quelques présentations et discussions à bâtons rompus lors de l’événement.

CE QUE SOUHAITENT LES DESTINATIONS

Les relationnistes qui travaillent pour des organismes de gestion de la destination (OGD, ou en anglais DMO, destination marketing organizations) ou des marques touristiques (hôtels, transporteurs, etc.) ont parfois l’impression que les blogueurs voyages forment un groupe uniforme, une meute de sous-journalistes qui recherchent des voyages gratuits, right? Misère… Alors bon, que veulent les destinations qui travaillent avec des blogueurs voyages?

Storytelling: Le premier critère pour une destination ou un prestataire touristique, c’est d’obtenir du contenu de qualité. Cela ne veut pas nécessairement dire des propos toujours dithyrambiques au sujet de l’expérience, mais au moins une histoire qui raconte les émotions associées à l’expérience, avec laquelle d’autres voyageurs pourront s’associer. Que ce soit à travers les mots choisis, les photos, les vidéos ou les témoignages recueillis… les blogueurs ont justement plus de liberté que les journalistes qui, eux, doivent respecter une ligne éditoriale et d’autres contraintes liées à leur médium.

Un réseau d’influence: Oui, il ne faut pas se le cacher, on travaille avec des blogueurs en grande partie en raison de leur réseau d’influence. Cette influence peut être mesurée par des indicateurs comme le score Klout, le nombre de fans ou followers sur Twitter, Pinterest ou Instagram, sans oublier le lectorat de votre blogue. Cette influence n’est pas qu’à l’externe, avec un lectorat grand public ou dans une niche particulière, mais également au sein même des communautés de blogueurs qui interagissent et partagent les bons coups (ou marques à éviter, genre).

Rapidité d’exécution: Plusieurs relationnistes optent également pour les blogueurs voyages pour leur présence multi-plateformes, notamment sur les médias sociaux incluant Facebook, Twitter, Instagram, Pinterest ou Youtube, pour ne nommer que ceux-là. On obtient ainsi une visibilité accrue et instantanée non seulement lors de la présence du blogueur à destination, mais bien souvent en amont, durant la préparation et lors des déplacements en chemin vers l’endroit dudit voyage.

Vue de Toronto lors de la Soirée Expedia #TBEX à Toronto Island

Vue de Toronto lors de la Soirée Expedia #TBEX à Toronto Island

CE QUE SOUHAITENT LES BLOGUEURS

D’un autre côté, les blogueurs voyages tendent à penser que toutes les marques agissent de la même façon, ou alors qu’ils ont tous les mêmes besoins – du contenu rédactionnel, right? Ce n’est évidemment pas le cas, fort heureusement d’ailleurs. Alors, que souhaitent les blogueurs dans leur approche avec les marques touristiques?

Histoire à raconter: Tous les blogueurs que je connais et tous ceux et celles que j’ai rencontrés lors de TBEX ont un point en commun: une passion sur-dimensionnée pour le voyage! Et surtout, le feu sacré pour raconter les histoires et les aventures vécues, la gastronomie ou les vues à couper le souffle, sans parler de ces moments de bonheur qui arrivent, plus souvent qu’autrement lorsque rien n’est prévu au programme et qu’on vit la vie des gens de la place…

Relation durable: Comme les blogueurs font effectivement partie d’une communauté de gens passionnés qui se tient ensemble, une bonne relation avec un contact vaut bien plus qu’un simple contrat, aussi bien rémunéré soit-il. En tissant des liens avec les relationnistes sur le plan humain lors des divers voyages de presse mais également pré- et post-voyage, on peut ensuite référer d’autres blogueurs et ainsi alimenter une roue favorable pour toutes les parties impliquées.

Une rémunération décente: Dernier point, mais non le moindre… un voyage gratuit, une nuitée ou une entrée à votre attrait, est-ce suffisant? Posons la question différemment: peut-on payer son loyer ou sa facture d’épicerie avec les souvenirs de son dernier voyage ou encore avec son score Klout? Bon, d’accord, il est vrai que les blogueurs vont pouvoir vendre leurs articles ou photos comme pigiste auprès de publications spécialisées, mais ces avenues se font rares et bien souvent peu rémunérées. Alors imaginez lorsque certaines invitations sont faites auprès de certains blogueurs avec hôtel inclus et certaines prestations à destination, pas toutes, et n’incluant pas le billet d’avion pour s’y rendre…

MÊME COMBAT?

Alors, relationnistes de marques touristiques vs. blogueurs voyages : même combat? En fait, plus on creuse, plus on réalise qu’au fond il y a plus de points en communs que de divergences. Encore faut-il clarifier les attentes d’entrée de jeu. Pour ce faire, voici quelques éléments de réflexion que je soumets bien humblement:

1. EXPERTISE: En tant que blogueur, vous devez avoir une niche, un sujet de prédilection ou un angle qui vous est propre. C’est d’ailleurs ainsi que vous trouverez un auditoire fidèle au fil du temps. Par le fait même, les marques ne recherchent pas forcément un blogueur ayant le plus de lecteurs mais plutôt celui qui a le plus d’influence ou une expertise avérée dans une sphère particulière, par exemple le voyage en solitaire, les boomers ou les gais et lesbiennes.

2. ATTENTES: Quelles sont les attentes du blogueur face à un voyage de presse ou une marque touristique? Obtenir un accès exclusif à des informations ou expériences privilégiées ou tout simplement se conformer aux besoins de la destination en échange d’une rémunération x ? Parallèlement, que souhaite obtenir la destination de l’invitation faite au blogueur: un topo familial bien circonscrit, ou donner libre expression totale afin d’avoir des contenus différents et uniques? Définir les attentes permet surtout d’établir s’il y aura rémunération, ou la totalité des prestations incluses dans le voyage de presse, par exemple.Logo wifi

3. WIFI: Comme l’a mentionné un des conférenciers, je paraphrase en français par la nécessité d’avoir du « wifi partout, tout le temps ». Cette nécessité, pour la destination, permettra aux blogueurs de tweeter, pinstagrammer ou facebooker en temps réel lors des expériences vécues à destination. Quant au blogueur, ce n’est pas un luxe mais bien une nécessité. Surtout lors du retour à la chambre d’hôtel à 23h pour aller rédiger un billet ou partager des photos, et qu’il n’y a pas de connexion internet…

4. TEMPS LIBRES: Dernier point que je me dois de souligner, soit la nécessité de prévoir du temps libre dans la programmation des itinéraires lors de voyages de presse. Une destination qui prévoit des visites guidées ou d’hôtels du matin au soir ne fait de faveur à personne, ni les blogueurs invités, ni les attraits et membres visités. On voudra certainement inclure quelques visites incontournables, mais justement il vaut mieux personnaliser en fonction du type de blogueur invité (voir le point #1, expertise) tout en insérant des blocs d’heures libres pour vaquer librement, prendre des photos et aller selon l’intuition du moment. C’est ainsi que naissent les plus belles histoires qui façonneront le storytelling de la marque.

UNE SYNERGIE QUI ÉVOLUE

On voit d’ailleurs de nouveaux partenariats entre blogueurs et marques touristiques qui marquent une nouvelle étape. Notons par exemple des compagnies comme Expedia, HouseTrip ou encore G Adventures qui misent sur des blogueurs pour générer des contenus fréquents et pertinents pour leurs auditoires respectifs. D’autres, comme des marques hôtelières, vont même jusqu’à embaucher des blogueurs voyages à titre de consultants pour les aider dans le développement de nouvelles suites ou autres services à l’attention de voyageurs selon leur champ d’expertise.

Si vous êtes un blogueur voyage, êtes-vous d’accord avec les éléments ci-haut abordés? Sinon, pourquoi? Si vous êtes représentant d’une destination ou d’une marque touristique, j’aimerais également avoir votre feedback sur le sujet. Au plaisir de vous lire dans la section des commentaires!

Autre lecture intéressante (en anglais): 10 Tips For Working With Travel Bloggers And Destinations

Frederic Gonzalo
Écrit par Frederic Gonzalo

Conférencier et stratège cumulant plus de 19 années d'expérience en marketing et communications touristiques. Consultant depuis le début de 2012, j'offre des services de planification stratégique et formation en médias sociaux & mobile pour petites et grandes entreprises. Contactez moi à frederic@gonzomarketing.biz

13 comments
plcloutier
plcloutier like.author.displayName 1 Like

Les temps libres et le WIFI.. TELLEMENT!

LaurentHoussin
LaurentHoussin

Intéressant pour ceux qui n'ont pas pu s'y rendre. Je reste quand même un peu dubitatif devant l'aspect niche. A quand l'aspect de micro niche genre le voyage à vélo, dans la communauté gay avec des enfants de couleurs... ? 

Quant aux sous journalistes, je pense qu'au contraire, pas mal de blogueuses ont montré leur facilité, leur entrain pour l'écriture et la belle image, alors que de (trop) nombreuses vieilles rombières et vieux croulants encartés n'ont plus la foi, bien bercés par le ronron de leur grille de salaire...

L'analyse est globalement bonne...


gonzogonzo
gonzogonzo moderator like.author.displayName 1 Like

@LaurentHoussin Merci du commentaire, Laurent. Vous aurez évidemment compris que j'étais sarcastique que je parlais de "sous-journalistes", ayant été confronté à ce type de jugement au fil des années, tant quand j'étais du côté "marques" qu'aujourd'hui à titre de consultant et blogueur. Je suis bien d'avis que, justement, les blogueurs ont le loisir de poursuivre leur passion et de partager leur écriture, photographie ou vidéos pour raconter des histoires à leur façon.

Quant aux niches, il ne faut effectivement pas virer fou et aller dans l'hyper-granulaire. Mais de plus en plus de marques recherchent des spécialistes par thématique, alors l'important pour les blogueurs voyages est de rester fidèle à leur passion et champ d'intérêt, et le reste devrait couler de source.

Merci du feedback!

4 Coins du Monde
4 Coins du Monde like.author.displayName 1 Like

Je trouve tout à fait juste de préciser que "les marques ne recherchent pas forcément un blogueur ayant le plus de lecteurs mais plutôt celui qui a le plus d’influence ou une expertise avérée dans une sphère particulière".
Il est important pour les blogueurs de se rappeler régulièrement qu'il vaut mieux un lectorat de qualité et engagé, et privilégier des retours "rentables" mais moins nombreux que la courses aux stats à tout pris !

gonzogonzo
gonzogonzo moderator

@4 Coins du Monde En effet, et ce point a été mentionné à plus d'une reprise dans divers ateliers au cours du weekend, donc semble faire une certaine unanimité. Cela n'empêche pas plusieurs marques de mettre l'emphase sur les chiffres, car la nature humaine est ainsi faite avec le modèle publicitaire des 40 dernières années et le principe de l'audimètre maximal. Les mentalités évoluent, mais pas tous au même rythme, hein?

Merci du feedback. Bonne journée,

4 Coins du Monde
4 Coins du Monde like.author.displayName 1 Like

 @gonzogonzo Oui c'est certain. C'est toujours plus facile de justifier auprès de son boss qu'on a choisi tel représentant en se basant sur des gros chiffres plutôt que sur d'autres éléments qui "parlent" moins (encore des gens qui compensent la taille ? ;) ) et qui surtout impliquent une plus grosse prise de risque.

Mais je trouve ça encore plus idiot avec un support 100% numérique. Il est "facile" de tricher pour faire péter les stats, alors qu'il est impossible de simuler un auditoire conquis et fidèle.


Merci pour ce résumer, moi qui me pose tellement de questions sur ces événements. Bonne journée également.

Xavier

micheljulien
micheljulien

Intéressant en effet!

Trop souvent, les relationnistes de presse ne font pas leurs devoirs. Ils connaissent mal les blogueurs, leurs sujets de prédilection, leur politique, leur niche, leur lectorat et leurs besoins. Souvent, ils n'ont pas vu passer les billets déjà publiés sur leur destination.

Comme Marie-Julie (TechNomade), je reviendrai sans doute sur le sujet, car moi aussi, certains éléments me font un peu tiquer!

gonzogonzo
gonzogonzo moderator

@micheljulien Merci du feedback, Michel. Bien d'accord avec tes propos mais si je peux me permettre de relancer... ayant été du côté "marque" jusqu'à récemment, j'ai vu aussi des blogueurs qui "pitchaient" une destination ou hôtelier sans se demander quels étaient les besoins ou objectifs poursuivis. Leur truc faisait "copier-coller" et j'en connais qui me l'ont même avoué... Ça va dans les deux sens, hein? :-)

Bien hâte de lire ta chronique sur le sujet et merci de me lire!

micheljulien
micheljulien

@gonzogonzo @micheljulien Tu as raison Frédéric.

Je me rappelle m'être fait dire il y a plusieurs années par les relationnistes d'une destination « Le marché québécois ne nous intéresse pas ». Plus tard, la même destination m'invitait à plusieurs reprises me disant que le marché québécois était devenu propriétaire. Dernièrement : plus aucun intérêt de cette destination pour le marché québécois. Constatation : les besoins des marques destinations changent.

Aussi, je me dois ici de mentionner un fait (lire frustration) : pourquoi tellement de relationnistes ne répondent tout simplement pas au demandes des blogueurs? Une réponse, même négative est toujours bienvenue. Et c'est tellement plus poli!

technomade
technomade like.author.displayName 1 Like

@micheljulien @gonzogonzo J'avoue ne pas répondre à tous les relationnistes non plus... Ça aussi, ça va dans les deux sens. On manque tous de temps!

gonzogonzo
gonzogonzo moderator

@micheljulien Très vrai, ça. Mais je crois que ça dépasse le cadre de cette chronique et que ça entre dans la netiquette et les bonnes manières: pourquoi certaines personnes ne retournent jamais les appels ou courriels envoyés... ouf! Ça ferait un bon sujet pour un prochain billet, tiens... :-)

technomade
technomade like.author.displayName 1 Like

Très intéressant Frederic. J'ai relevé plusieurs de ces points aussi, mais je vais éventuellement élaborer parce que certains éléments me font un peu tiquer. On oublie souvent l'aspect culturel et la taille du marché dans lequel on se trouve. Plus difficile au Québec d'avoir une «niche» à mon avis, puisque le voyage est déjà perçu comme tel par plusieurs!

gonzogonzo
gonzogonzo moderator

@technomade Très bon point, la taille du marché joue pour beaucoup et il est vrai que les opportunités sur le marché québécois sont sûrement différentes et plus restreintes que sur l'Europe pour un francophone, sans parler des anglos qui peuvent aspirer à des marchés plus considérables (mais avec une compétition toute aussi vive, faut le dire).

Par contre, je pense qu'une "niche", ce n'est pas seulement l'expertise des sujets abordés mais aussi le ton, la manière et le style du blogueur. On peut être généraliste, comme tu te décris, mais avoir sa propre "voix" qui nous rend unique, et qui nous taille une certaine niche dans l'univers des blogueurs voyages québécois. Ceci étant dit, je ne prétends pas que ce soit simple. Mon billet s'avérait surtout un constat des réflexions et discussions du weekend, mais il reste encore beaucoup à faire pour que la profession se régularise et que tous y trouvent leur compte.

Merci du feedback, et au plaisir de te lire! (ou visionnoner tes capsules!!)

Trackbacks

  1. [...] Les destinations et marques touristiques n'ont pas toujours la même perspective que les blogueurs voyages. Mais au fond, les besoins sont assez similaires…  [...]

  2. [...] Les destinations et marques touristiques n'ont pas toujours la même perspective que les blogueurs voyages. Mais au fond, les besoins sont assez similaires".  [...]

  3. […] avec les blogueurs "voyage" n'ont plus aucun secret pour vous […]