Fairbooking vs les OTA: une bataille perdue d’avance?

Fairbooking vs les OTA: une bataille perdue d’avance?

logo-bookingJ’adore la France et un séjour là-bas est toujours synonyme d’expériences riches à plusieurs égards, tant sur le plan personnel que professionnel. Ayant participé et intervenu lors des Rencontres Institutionnelles du e-tourisme qui avaient lieu à Pau, en Aquitaine, les 25-26 septembre derniers, j’ai été à même de constater la forte gronde qui monte dans l’Hexagone via-à-vis des agences de voyages en ligne (OTA – ou online travel agencies), plus précisément celle qui semble le Diable incarné en bleu, Booking.com. Il faut comprendre que Booking tient un rôle dominant en Europe, et plus précisément en France, alors qu’au Québec et en Amérique du Nord, c’est Expedia le gros joueur, avec ses filiales performantes comme Hotels.com ou Hotwire.

LE MOUVEMENT FAIRBOOKING

On sait que les OTA ont pris au cours de la dernière décennie une position névralgique dans la distribution hôtelière en ligne et que cette domination commence à devenir intenable pour certains. Je vous en parlais d’ailleurs dans ce billet, Distribution hôtelière et OTA : enjeux et solutions. À un point tel qu’en France, certains hôteliers de la région de Nantes ont initié le mouvement Fairbooking au printemps dernier, visant à inciter les consommateurs à réserver en direct pour en tirer certains avantages. Plus qu’une simple plateforme transactionnelle, le mouvement Fairbooking veut sensibiliser la clientèle française (le site n’est présentement disponible que dans cette langue) aux avantages de transiger directement avec l’hôtelier, plutôt que de passer par Booking, Expedia, Tripadvisor ou les autres plateformes populaires.

FairbookingÀ ce jour, il y aurait déjà plus de 1,000 hôteliers qui font partie de ce regroupement, et il sera intéressant de voir si l’effet d’entrainement aura un impact durable dans le temps, et si le mouvement saura rapidement traverser les frontières européennes voire même de notre côté de l’Amérique. Une chose est sûre: plusieurs grands médias traditionnels en ont parlé au cours des dernières semaines, et le message semble passer lentement mais sûrement auprès du grand public. Mais est-ce que ce sera assez? Ou s’agit-il de « trop peu, trop tard? »

LA PARITÉ TARIFAIRE, UN FAUX ENJEU

Tout d’abord, une nouvelle dont on a fait peu écho au Québec, est le jugement qui fut rendu en septembre en France, rendant la clause de parité tarifaire non légale, ou plutôt contraire aux règles de compétitivité du marché. Des jugements similaires sont d’ailleurs attendus en Allemagne et au Royaume-Uni, où les autorités ont également été saisies de ce dossier. Lire aussi Disparition de la clause de parité = tsunami annoncé

Certains crient déjà victoire, car la parité tarifaire est certainement un des plus grands enjeux identifiés dans cette guerre aux OTA. Et pourtant… Laissez-moi vous conter un anecdote. Lors de mon départ de Pau la semaine dernière, mon compatriote Alain est passé à la réception pour demander une extension d’une nuit. La réceptionniste lui dit alors: « Le meilleur tarif que je peux vous faire est de 80 euros ». Pourtant, on pouvait trouver la nuitée à 76 euros sur Booking et d’autres sites en ligne. Lorsqu’on lui fit mention, elle répondit, toute penaude: « Oui, mais vous savez, nous avons des ententes commerciales à respecter, et je ne peux vous proposer ce tarif, malheureusement ». Alain n’a pas fait de cas de la situation (il travaille également dans le tourisme), mais un client ordinaire aurait fait quelques pas à l’extérieur du lobby, réservé en ligne au tarif de 76 euros, ce qui aurait donné en fait 64.60 euros à l’hôtelier une fois la commission de 15% payée à Booking. Ridicule!

Cette anecdote réflète tout ce qui cloche dans cette industrie et pourquoi Fairbooking est voué à l’échec à moyen terme, à moins que la culture change drastiquement à court terme. Car voyez-vous, cette anecdote est symptômatique du fait que les hôteliers font trop peu dans leur marketing relationnel. Un client qui est dans votre lobby, c’est votre client. Pas celui de Booking! Alors si on ne parvient même pas à retenir ou fidéliser la clientèle actuelle, imaginez le boulot pour faire changer les habitudes du consommateur et l’acquérir en direct…

LES VRAIS ENJEUX POUR LES HÔTELIERS

Mais alors, si la parité tarifaire n’est pas le plus gros enjeu, sur quoi devraient se concentrer les hôteliers? Voici selon moi les trois vecteurs qui risquent de frapper de plein fouet l’industrie, particulièrement les indépendants qui n’ont pas les reins aussi solides que les chaînes avec leur force de vente internationale et un branding aussi fort.

1. Le virage mobile

Le 24 septembre dernier, Expedia tenait un séminaire auprès de spécialistes de l’industrie touristique, réitérant l’importance de prendre le virage mobile. Les ventes de voyages en ligne représentaient US$2.6 milliards en 2011, puis US$8 milliards en 2012. En 2013, on estime qu’il se vendra pour plus de $US26 milliards, soit une augmentation de 225%! Sans surprise, on voit les Expedia, Priceline et autre Travelocity proposer des deuxième, voire troisième génération d’applications mobiles pour smartphones, des variations spécifiques pour tablettes numériques et une véritable approche stratégique pour aller capter ce potentiel énorme. Que se fait-il du côté hôtelier? Hormis les grandes chaînes comme Starwood, Hilton, IHG, Marriott ou Accor, c’est plutôt discret du côté des indépendants, quand ce n’est une absence de stratégie pure et simple à ce niveau. Le site de Fairbooking n’est d’ailleurs pas optimisé pour lecture sur appareil mobile.

2. L’économie collaborative

On parle beaucoup des AirBnB, HomeAway, CouchSurfing et autres HouseTrip de ce monde comme étant un danger potentiel et déjà présent sur plusieurs marchés, mais que font les hôteliers concrètement pour parer à cette réalité inexorable? Un hôtelier montréalais me disait récemment qu’il avait un taux d’occupation moyen de 95% à longueur d’année ou presque, et je lui ai demandé s’il avait un secret en particulier. « J’offre des chambres qui répondent aux besoins des clients », me répondit-il. D’une simplicité désarmante, mais ça veut dire quoi, concrètement ?

  • Chambres fraîchement rénovées et spacieuses
  • Espace cuisine, ou kitchenette, avec frigo pour stocker le nécessaire petit-déjeuner
  • Appels locaux illimités, gratuits
  • Accès wifi gratuit
  • Proximité du Quartier des spectacles, au centre de l’action

Hormis le dernier point, qui ne peut être donné à tous et chacun, qu’est-ce qui empêche un hôtel de proposer les autres points sur cette liste? Le consommateur d’aujourd’hui veut-il encore payer un petit-déjeuner à 25$, une bière du mini-bar à 10$ ou faire un appel local à 3$? En d’autres mots, la meilleure manière de répondre au danger imminent des chambres illégales demeure encore d’adapter son produit afin d’offrir un service à valeur ajoutée auprès d’une clientèle réceptive. Certes, la représentation doit continuer auprès des instances gouvernementales et des solutions doivent être trouvées pour réglementer cette nouvelle économie, mais le produit hôtelier doit continuer d’évoluer en parallèle.

3. Les partenariats entre OTA et DMO

Le dernier point et non le moindre, c’est que les OTA sont loin d’avoir dit leur dernier mot. On voit un mouvement de fusion et d’acquisitions, notamment l’achat de Kayak par Priceline à la fin 2012, ou l’acquisition de Trivago par le groupe Expedia plus tôt cette année. Les OTA proposent dorénavant plus que de l’hébergement, avec la mise en avant de locations de vacances, ou de forfaits incluant restaurations et attraits à destination. Mais le plus grand mouvement à observer sera celui des partenariats avec les destinations.

NYC et Booking.com

NYC et Booking.com

Plus tôt cette année, Tourisme Cantons-de-l’Est marquait un grand coup en annonçant que leur site de destination (DMO) serait dorénavant propulsé par l’engin de Booking.com. Or saviez-vous que la ville de Rio de Janeiro le proposait déjà avec Booking (en marque blanche) et que New York City le faisait également en marque blanche, mais avec Travelocity? Coup de théâtre la semaine dernière, alors que l’Office de tourisme de New York annonçait une nouvelle entente de principe avec Booking, au même titre que ce qui se fait dans les Cantons de l’Est. Quand on sait que plusieurs destinations se questionnent sur les investissements mis dans des technologies de réservation qui résultent peu, il est permis de penser que plusieurs autres risquent de suivre dans la foulée, que ce soit avec Booking, Expedia ou d’autres. Ces sites offrent un partage de la commission mais, plus important encore, une expérience utilisateur efficace permettant de convertir l’internaute au moment de sa recherche.

UNE BATAILLE PERDUE D’AVANCE

Fairbooking est donc une noble initiative et j’aimerais croire qu’on verra quelque chose de similaire naître au Québec et en Amérique, mais permettez que je doute de son efficacité à moyen et long terme. La nature humaine étant ce qu’elle est, les habitudes sont difficiles à changer, surtout lorsqu’on est satisfait des résultats. On le voit avec des initiatives comme RoomKey qui peinent à décoller, malgré les investissements importants de grandes chaines américaines qui souhaitaient inciter la réservation en direct. D’un point de vue consommateur, Tripadvisor, Expedia ou Booking offrent une expérience satisfaisante, des bons prix et le concept du one-stop-shop qui permet de sauver du temps, tout en obtenant satisfaction dans la majorité des cas. D’ailleurs, on sait que 60 millions de visiteurs uniques se rendent sur le site de Tripadvisor à chaque mois, mais saviez-vous qu’on compte près de 300 millions de visiteurs vers le site en provenance de sites extérieurs, notamment à travers Facebook?

Pour ceux qui pensent qu’on peut ne pas être sur Tripadvisor ou les autres OTA, détrompez-vous. Ou plutôt, allez lire cet article qui déboulonne le tout de manière assez explicite: Réservation d’hôtel : peut-on échapper aux agences en ligne ?

La distribution du voyage continue d’évoluer, comme on le voit avec les modifications annoncées à l’algorithme de recherche de Google, en marge de son 15e anniversaire la semaine dernière. Tout n’est pas perdu pour les hôteliers mais il importe plus que jamais de s’adapter pour être de la partie. Et de mettre une stratégie de marketing relationnel durable en place. Les choses bougent vite…

Si le sujet vous intéresse, et pour un point de vue différent, je vous recommande aussi : C’est par l’intérieur que nous périrons de même que La démission des institutionnels devant Booking.

Frederic Gonzalo
Écrit par Frederic Gonzalo

Conférencier et stratège cumulant plus de 19 années d'expérience en marketing et communications touristiques. Consultant depuis le début de 2012, j'offre des services de planification stratégique et formation en médias sociaux & mobile pour petites et grandes entreprises. Contactez moi à frederic@gonzomarketing.biz

17 comments
Nuit dun Jour
Nuit dun Jour

Malgré notre modeste propriété, 3 chambres (!), nous avons adhéré à l'initiative Fairbooking. Plus pour apporter notre pierre à cette aventure dans laquelle nous nous retrouvons que pour voir les réservations tomber.

Or, en 2 mois, Fairbooking a fait aussi bien que Expedia+Venere+Hotels.com en 5 mois... Pourtant uniquement sur le marché français. Pas si mal !

En plus, ce sont des clients pas comme les autres. Avant leur arrivée, il y a déjà un lien, plus de respect, plus d'humain. Super.

Bravo pour le passage à l'anglais de Fairbooking. Nous attendons impatiemment de pouvoir relier notre moteur de résa à la prochaine version du site. Je ne dois pas être le seul.


PaulArseneault
PaulArseneault

Le paradoxe suave est que de très nombreux hôteleliers rendent disponibles l'inventaire sur les OTA mais au même moment supplient les clients de ne pas acheter de chambre chez-eux via les OTA! C'est de la schizophrénie commerciale!

FairBooking
FairBooking

Les français adorent les batailles perdues d’avance, les défis impossibles à réaliser. Les combats « David contre Goliath » les font vibrer. N’oubliez pas qu’ils ont tous été élevés avec des BD d’Astérix l’irréductible Gaulois. Ne dit-on pas qu’ « impossible » n’est pas français ?

Nous avons longuement réfléchi pour trouver une manière pertinente et réaliste de reconquérir notre clientèle égarée dans les filets des OTA. Nous nous sommes dits : « ce serait bien de trouver le point faible de ces mastodontes, un terrain sur lequel il n’auraient pas beaucoup d’arguments. »

Leur terrain de jeu est l’internet payant qu’ils se sont appropriés à 2 ou 3 acteurs. Ils font la pluie et le beau temps et se livrent à une course sans merci à coup de millions de dollars fournis par les établissements. Donc on oublie ce terrain là. Il faut trouver autre chose.

L’inspiration nous est venue des AMAP, Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne créées il y a quelques années par les agriculteurs écrasés par les centrales d’achat de la grande distribution alimentaire. Ils ont réussi à renouer des contacts avec des consommateurs et les Grandes Surfaces commencent à s’intéresser davantage aux producteurs locaux sous l’influence des consommateurs.

FairBooking se positionne dans cette mouvance. Voilà un terrain où les OTA n’ont pas grand-chose à dire et sont même carrément hors-jeu : des relations commerciales équilibrées, équitables entre des petits producteurs et des gros distributeurs. Les consommateurs aujourd’hui sont en quête de sens. L’hyper consommation n’apporte pas le bonheur. Mieux, ils n’admettent pas de se retrouver complices ou bernés par des sites qui abusent de leur position dominante et entretiennent l’opacité de leurs pratiques.

L’énorme chance de FairBooking est justement le caractère odieux des OTA. Plus elles abusent de leur position dominante et plus cela facilite notre action, nous donne des arguments. L’une d’entre elle se met à appliquer des conditions équilibrées et FairBooking n’a plus de raison d’être.

FairBooking par ailleurs s’adresse aux consommateurs finaux. Cela est bien plus menaçant pour les OTA que toutes les actions légales engagées par les syndicats hôteliers et autres gouvernements pour tenter de les contrer. En levant le voile sur ce qui se cache sur les pratiques des OTA, les consommateurs tombent des nues et ce qui leur paraissait un outil génial devient tout à coup beaucoup moins formidable.

Les hôteliers n’en ont encore que très peu conscience, mais ils possèdent un énorme avantage dans leur lutte contre les OTA : cette arme c’est le contact client, c’est-à-dire, qu’ils réalisent que tous les clients des OTA finissent par dormir chez eux et qu’il ne tient donc qu’à eux d’ouvrir les yeux de leurs clients sur les pratiques des OTA. Et ça marche très bien, ils se montrent très réceptifs à nos arguments.

Le bonus FairBooking (équivalent à une réduction de 5 à 10% du prix de la chambre), est un autre élément déterminant du dispositif. Aujourd’hui, les consommateurs sont, plus encore qu’avant, à la recherche de bonnes affaires. Par ailleurs le bonus n’est pas n’importe lequel : il consiste à se partager le montant de la commission qui n’a pas été payée à un intermédiaire. Cela a plusieurs avantages : cela indique au consommateur le niveau important des commissions et casse l’image de meilleur « prix garanti » dont les OTA font un argument majeur.

Pour beaucoup d’hôteliers aujourd’hui, les OTA prennent trop de place dans leur chiffre d’affaires et constituent une menace. Menace d’autant plus importante que les conditions contractuelles sont léonines. Ils se sentent pris dans une spirale infernale. FairBooking leur ouvre une porte de sortie, leur redonne espoir.

Le silence des OTA est d’ailleurs un aveu assourdissant. Ils ne répondent pas aux médias car que peuvent-ils avancer comme arguments ? Comment peuvent-ils justifier les commissions astronomiques, la fiscalité en dehors des pays, l’appropriation d’internet,… Il n’y a qu’à voir la réaction du pdg de Booking dans le reportage d’Envoyé Spécial pour s’en convaincre.

J’espère avoir montré que FairBooking ne partait pas la fleur au fusil, que son positionnement était solide et avait une réelle portée sur les consommateurs avertis, que nous avions des moyens de nous faire connaître simples, peu couteux et efficaces, le soutien des pouvoirs publics, les faveurs de la presse et du grand public. Notre site internet est à ce stade l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire, mais même cela ne nous a pas empêché de réunir plus de 1000 hôtels et 5000 clients. C’est quand même un signe d’une adhésion très forte à l’idée même, au principe d’action de FairBooking.

Fort de ce premier succès, nous devons évidemment aller plus loin, et nous en sommes bien décidés. L’analyse de votre article est très juste et nous avons beaucoup de choses à faire. Voici les principaux :

-Développer une centrale de réservation alternative aux OTA. Si vous voulez vous faire une idée, prenez la plus populaire, rajoutez-y les informations directes des établissements (N° de téléphone direct, email, site officiel), un prix systématiquement inférieur de 5 à 10% et vous aurez une bonne idée de la future centrale. Une première version d’ici 2 à 3 mois.

-International : lancement de www.fairbooking.com et traduction du site actuel en anglais. Démarrage de FairBooking dans au moins un autre pays que la France peu après la sortie du nouveau site.

-Formation des hôteliers aux bonnes pratiques : votre article montre bien qu’il y a beaucoup de travail. FairBooking se présente comme le site de réservation en ligne des hôteliers au service de leurs clients. Le côté « Fair » de FairBooking nous engage résolument dans la voix de l’écoute client pour le plus grand bien des hôteliers et de leurs clients.

FairBooking redonne de l’espoir qu’il peut y avoir des manières plus équilibrées des faire tourner l’économie. Et cela n’a pas de prix.

Alors perdu d’avance le combat de FairBooking ? Je pense que nous avons dans les mains de bonnes cartes. A nous tous de bien les utiliser.

En fait il me semble que la question que chacun d’entre nous devrait se poser de la façon suivante : a-t-on envie que FairBooking réussisse ? Ou encore à la façon de JF. Kennedy « si tu te demandes si FairBooking peut réussir, demande-toi plutôt ce que tu peux faire pour que cela réussisse »

Gilles Cibert

DannieCaron
DannieCaron

Bon Frédéric! Je ne suis pas tout à fait d'accord avec ce point de vue puisque les destinations qui optent pour l'utilisation en marque blanche d’un système de réservation telle que Booking emboîtent le pas des agences en ligne et prennent elles aussi les établissements d’hébergement en otage.

Quand on parle des destinations américaines qui utilisent ces systèmes en marque blanche, on parle d’une majorité de grandes chaînes hôtelières qui profitent des tarifs négociés avec ces grandes agences en ligne, une réalité très différente au Québec. L’offre hôtelière québécoise est constituée en grande partie d’établissements d’hébergement indépendant et de petits établissements qui sont pris en otage par ces agences en ligne et qui ne peuvent plus s’en sortir.

Je crois que le mouvement Fairbooking pourrait percer au Québec si nous avons l’appui de la destination et des différents joueurs dans l’industrie touristique. Les établissements d’hébergement indépendant ont un réel besoin à ce niveau et les commissions versées à ces agences en ligne étrangères pourraient être réinvesties dans l’offre touristique québécoise.. Peut-être suis-je trop optimiste, mais nos établissements d’hébergement ont besoin que le vent tourne vers eux.

cloud_ant
cloud_ant

Merci pour ce excellent article ! un bon reflet de la réalité ! Fairbooking je n'y crois pas non plus ; en France on a souvent tendance à se jeter sur les outils avant de penser stratégie et valeur ajoutée.

J'ai fait un tour sur le site...perso ça ne donne pas envie : ergonomie, simplicité d'utilisation, sortir du site pour aller réserver un hébergement...bref j'en passe ! Il faudra qu'ils revoient leurs modèles. 

En tant qu'OT ça ne me dérangerait absolument pas d'avoir une marque blanche de BK sur mon site...mais ce n'est qu'un avis.

Mon expérience personnelle vécue en préparant mon séjour aux #ET9 à Pau : 

- pour réserver mon hôtel je suis allé sur Booking, j'ai obtenu un tarif et je me dis allez tu es un OT donc essaye d'aider l’hôtelier en réservant en direct. 

- J'appelle l'hôtelier et ce dernier me donne un tarif plus élevé que Booking pour la même prestation ; je lui communique les tarifs de Booking et il ne veut pas à minima me proposer le même tarif. 

- Donc ok je lui dit que je vais réserver en direct sur Booking et il me dit pas de problème. Il me demande quand même de lui laisser mes coordonnées pour me faire parvenir leurs promotions qu'ils font dans l'année. Mouais...pourquoi pas...

- Je pars donc en rdv professionnel avant de faire ma résa sur Booking, et 1 heure après sur ma messagerie l’hôtelier qui me propose le même tarif que BK. Je l'appelle et accepte par "solidarité française" ou par ce que notre ministre appelle "valorisons le made in France", même si je ne porte pas la marinière :-)

Franchement avec ce genre de mentalité ou de façons de faire, ou de manque de réactivité, comment certains hôteliers espèrent ils apporter un service plus au client ?!!! Il ne s'agit pas de concurrencer BK (ce qui serait une perte de temps ma foi) mais plutôt de penser "service client" !

Bref, un propos à méditer : "aides toi et le ciel t'aidera" :-)

Nuit dun Jour
Nuit dun Jour

Et si...

Certains hôteliers ont du mal à prendre en compte le nouvel environnement commercial et s'accrochent à leurs habitudes qui fonctionnent depuis toujours pour ne pas perdre le "gras" qu'ils se font sur les résas dans le hall de l'hôtel. Depuis toujours, ils sur-facturent ces clients car ceux-ci ne sont plus prêts à courrier la ville avec leurs bagages.

Et si nous n'étions pas en train de faire la même chose à vouloir nous accrocher à notre résa en direct. Les portes de Google & TripA, ... se ferment peu à peu à nous, une poignée de sites prend place entre nous et les visiteurs et monétisent à fond. Aucune raison qu'ils s'arrêtent en si bon chemin, les billes (et les billets) sont dans leur camp, c'est trop bien.

Cela râle, grommelle, résiste par-ci par-là, une bien maigre minorité, en fait. La machine est lancée, bien huilée, bien financée et les masses acquiescent.

Et si la messe était dite, le combat fini.

Peut-être ferions nous mieux maintenant d'accepter cette nouvelle situation et de regarder plus loin.


D'aucuns disent que Booking tombera un jour, probablement plus vite qu'on ne le pense, lui aussi accroché à ses vieilles habitudes bien rémunératrices alors qu'un nouveau modèle émergera avec l'adhésion des masses.

Passons à la suite, à l'après Booking ?

C'est par où ?

touristic
touristic

Bravo Fred pour la qualité et la profondeur de ton article, ce débat trop passionné au niveau local français a besoin de regards internationaux comme le tien... tu donnes beaucoup d'éléments pour comprendre que la question ne se résume pas à dire "fuck au grand méchant Booking" 

asiatrek
asiatrek

Je pense que c'est cuit d'avance... J'ai vécu la même chose avec le Best Western de Huanshan en Chine. Ils me demandaient 1500 rmb, en deux clics sur Hotels.com via l'Iphone, j'ai obtenu le "vrai prix" à 600 yuans. ça a été la galère pour faire admettre que je voulais payer ce prix là. Finalement, le manager a préférer me la vendre en direct et m'offrir en prime le PDJ...

J'abonde totalement en ton sens sur l'accueil offert par pas mal d'hôtels en France quelles que soient les gammes, surtout en indépendant.  Dans beaucoup trop d'endroits il n'y a ni wifi ou alors en hotspot payant, les prestations sont minables. Je ne parle même pas du coin cuisine / frigo. Lorsqu'il y a une bouilloire, c'est presque un miracle... A terme, ils s'adapteront ou mettront la clef sous la porte.


FairBooking
FairBooking

@PaulArseneault A mon avis cela s'explique très bien de ce coté de l'Atlantique : les OTA ont pris une part trop importante dans nos chiffre d'affaires et menacent la rentabilité de nos établissements. Il a bien fallu réagir et trouver une parade. Ainsi est né FairBooking : rééquilibrer les ventes directes et pourquoi pas amener les OTA à adopter des pratiques plus équitables. Qu'avons nous à perdre ?

cloud_ant
cloud_ant

Et celui de Gregory Guzzo :-)

gonzogonzo
gonzogonzo moderator

@DannieCaron Salut Dannie, bien content de te lire. Je suis bien d'accord, les établissements hôteliers indépendants au Québec font face à un véritable problème, et un mouvement comme Fairbooking peut sembler une bonne option. Le hic, et ça en est un de taille, c'est qu'on ne parviendra pas à renverser les habitudes consommateur du jour au lendemain, et les gens vont continuer d'aller réserver sur Tripadvisor, Booking et les autres sites. Pourquoi? Parce que c'est simple, on y trouve ce qu'on veut rapidement en termes d'information, et on peut réserver hôtel + avion, ou hôtel + spa, etc. Et parce qu'on a été satisfait les 2-3 fois précédentes...

Selon moi, le bât blesse surtout au niveau du rattrapage nécessaire au niveau de la distribution en ligne. Certains hôteliers n'ont pas de site transactionnel, ou alors le site date de Mathusalem. On aimerait réserver depuis une tablette ou appareil mobile? Pas possible.

Maintenant, quand tu poses la question du rôle de la destination, j'avoue qu'on doit nuancer. Quel modèle est à préconiser? Devrait-on avoir un site de destination comme Charlevoix qui permet le transactionnel via Softbooker ou BonjourQuebec.com via sa plateforme native? On voit que Tourisme Montréal et l'Office du Tourisme de Québec ont abandonné leur solution en ligne, et que BQC n'obtient plus les ventes d'antan. Ça mérite réflexion, certes, mais ça ne veut pas dire que la solution passe par un Fairbooking à la québécoise, selon moi...

Au plaisir d'en rediscuter de vive voix quand tu le souhaites.

Frédéric

gonzogonzo
gonzogonzo moderator

@cloud_ant Le plus triste, c'est que je ne crois pas que votre cas soit un cas unique, au contraire. Tant en France que dans d'autres pays européen, incluant certaines régions non urbaines au Canada et en Amérique du Nord, il y a un laxisme de la part de certains hôteliers face aux réseaux de distribution, ce qui a mené à la situation actuelle en grande partie.

Espérons que le message soit entendu et que l'on puiss trouver des pistes de solution ensemble, plutôt que de jeter la pierre en vain...

gonzogonzo
gonzogonzo moderator

@Nuit dun Jour Excellent commentaire, que vous terminez pas une toute aussi excellente question: en effet, il y aura un après-Booking, mais il est difficile de prévoir quelle sera la suite. On voit déjà du mouvement avec les grandes OTA dont Tripadvisor, Expedia et Priceline qui font des acquisitions ou alliances stratégiques, notamment par une pénétration plus sérieuse du côté mobile. Gardons l'oeil ouvert, et le bon!

Cordialement,

FairBooking
FairBooking

@touristicFairBooking est le meilleur ami des OTA. C'est à dire l'ami qui n'hésite pas à dire les choses lorsque celui-ci passe les bornes. Notre but est encore une fois de les amener à ne pas abuser de leur position dominante et d'adopter des pratiques équilibrées, vraiment partenariales. Les réalités des OTA sont différentes d'un pays à l'autre. En France hors Paris et la Côte d'Azur qui sont les deux locomotives hôtelières, le reste du pays est pris en otage : un étude Deloitte a montré qu'entre 2008 et 2012 le montant des commissions avait augmenté de 66% quand le chiffre d'affaires baissait de 4%. Pour info, nous avons des contacts avec des hôteliers Québécois qui semblent se retrouver dans les idées que nous défendons.

FairBooking
FairBooking

@asiatrek Je suis bien d'accord avec vous, il y a beaucoup de travail pour mettre à niveau les hôtels en France. Pour cela les responsables d’établissements ont besoin de retrouver de la rentabilité pour investir. Les commissions des OTA sont en considérable augmentation dans les comptes de résultats. Les marges baissent. En tant que voyageur vous préférez faire ? engraisser les OTA ou aider les opérateurs locaux à embaucher et investir. Vous pouvez agir. Que décidez-vous de faire ?